LE PÈRE NOËL À L’HÔPITAL

Parpère noel

LE PÈRE NOËL À L’HÔPITAL

LES MEMOIRES DU PÈRE NÖEL – TOME 1

SYNOPSIS

On connait le Père Noël jovial et plein d’énergie. Un bonhomme qui semble si fort que la maladie ne doit pas le toucher. Détrompez-vous! Il lui arrive aussi d’avoir des faiblesses. Laissez-moi vous conter l’une de ces rares occasions.

L’histoire aurait pu commencer comme ceci…

LE PERE NOEL A L’HOPITAL

Il était une fois, dans une belle ville du Québec, un charmant hôpital qui accueillait les malades de toute la région. Du nouveau né à l’ainé, tous savaient qu’ils pouvaient y trouver un personnel compétant qui saurait réparer leur mécanique humaine en plus de leur apporter réconfort et joie de vivre. 24 heures sur 24, médecins, infirmières et autres spécialistes joignaient leurs compétences pour rendre le séjour de leurs patients le plus confortable possible, et ce malgré les circonstances. 

C’est dans cette ambiance cordiale qu’au lendemain de Noël est arrivé un patient exceptionnel. Non pas qu’il était plus malade que les autres. Non plus qu’il n’était le maire ou un autre élu de la place. Non, il n’était rien de tout ça, pourtant tout le monde le connaissait.

C’est son véhicule qui a le premier attiré leur attention. Sur le quai des ambulances, un traîneau venait de se poser. Tiré par ses huit rennes, il avait surgi des cieux à travers la faible neige qui tombait. Puis, sans hésiter, les rennes s’étaient arrêtés devant les portes coulissantes menant à l’urgence.

Du Traîneau, deux lutins avaient sauté et s’étaient précipités à l’intérieur du bâtiment en criant :

¨Vite! Vite! Le Père Noël est malade !¨

L’appel à l’aide n’avait pas surpris les membres de ce personnel entraînés à réagir spontanément à l’arrivée des ambulances, mais lorsqu’ils ont mis les pieds sur le débarcadère, ils ont quand même figé un instant à la vue de mon chariot féérique. Ce sont les deux autres lutins, debout près du traîneau et gesticulants, qui les ont sortis de leur torpeur.

Reprenant leur sens et retrouvant le pouvoir de leur compétence, ils ont approché une civière et se sont empressés de se rendre à mon chevet me croyant très malade. Les Lutins avaient raison de s’énerver, car le bonhomme vêtu de rouge, que vous connaissez, 

Ho! Ho! Ho! Avait perdu connaissance. À plusieurs, ils sont parvenus à m’étendre sur la civière.

Le passage de ce nouveau chariot faisait tourner les têtes et, malgré mon état de vieillard, les visages s’illuminaient d’un sourire. Le cortège de lutins, qui le suivait, faisait lui aussi bon effet.

Arrivé dans une chambre d’isolement, un essaim d’infirmières et de médecins se mit à s’affairer autour de la civière. En un rien de temps, seule ma barbe blanche pouvait trahir mon identité. Les signes vitaux laissaient voir que, malgré mon état d’inconscience, mon personnage semblait en assez bonne santé. Il aura fallu la piqure du soluté pour qu’enfin j’ouvre les yeux.

À la vue de toutes ces tuniques blanches et bleues, ma réaction de Père Noël fut de demander :

¨Suis-je au Paradis ?¨

De quoi faire s’époumoner de rire une troupe qui associe trop souvent leur lieu de travail à l’enfer sur terre. Informé sur les circonstances de mon arrivée à l’urgence je suis resté perplexe.

¨J’ai dû simplement m’endormir.¨

Ais-je répondu à la question :

¨que vous est-il arrivé ?¨

¨Non! Non! Père Noël.¨

s’écrièrent en cœur les Lutins. Le plus âgé des quatre continua :

¨après avoir constaté que vous ne rentiez pas au Royaume, même si la distribution des cadeaux était terminée. Nous nous sommes lancés à votre recherche.¨ 

Un autre lutin ajouta :

¨Il nous a fallu six heures pour vous trouver.¨

Un troisième lutin rajouta :

¨et vous ne dormiez pas, ça, c’est sur !¨

Le dernier lutin compléta :

¨nous étions tout près de cet hôpital et je me suis souvenu que nous y sommes venus amuser les enfants malades, c’est pourquoi on vous a conduit ici. ¨

¨C’est bien gentil mes amis, mais je me sens très bien. ¨

J’ai tenté de me redresser et je suis retombé sur mon lit.

¨Un peu fatigué, je l’admets, mais je vais très bien.¨ 

Le médecin pris la parole :

¨Cela, Père Noël, c’est à nous de le déterminer. On va vous passer une batterie de tests et nous saurons ce qu’il en est. Pour l’instant, reposez-vous. Privé de mes vêtements, je ne pouvais qu’obéir. Les lutins promirent de revenir en compagnie de Mère Noël qu’ils allaient, de ce pas, rassurer. Je leur ai dit : 

¨Rassurez-la en lui disant que je vais très bien, mais  ne la conduisez pas ici.¨

Ils s’occuperaient également de ramener les rennes au Royaume, car pour eux aussi la nuit de Noël aura été épuisante. Ils méritaient de se reposer. Heureux d’avoir réussi leur mission, les lutins s’en retournèrent vers le chariot en gambadant. Un autre baume sur la plaie des patients qui, en les voyants passés, admiraient leur allégresse. 

Un à un les intervenants avaient quitté la chambre. Poussée par le médecin-chef, même la secrétaire à l’administration s’était contentée d’inscrire : Père Noël et Pôle Nord comme bénéficiaire et adresse sur le formulaire. De toute façon, l’hôpital et la communauté gagneront davantage en publicité que toute facturation à je ne sais qui ou à une quelconque compagnie d’assurance. 

Il ne restait plus, avec la légende, que je suis, qu’une infirmière qui remplissait les derniers tubes de sang avant de fixer le goutte-à-goutte. Puis, elle me gratifia d’un large sourire avant de me laisser, comme seul compagnon, un moniteur qui, de ses lignes courbées ou fléchées, transmettait les données indiquant l’état de ma santé.

Des petits Ho! Ho! Ho! S’échappèrent de mes lèvres en regardant les traits se dessiner sur l’écran. 

¨Ainsi donc, voilà mon cœur, mes poumons, mon pouls, ma teneur en oxygène et ma respiration. C’est ce qu’on peut appeler être laissé seul avec soi-même.¨

À nouveau, un petit Ho! Ho! Ho! Se fit entendre. Au même instant une doctoresse entrait dans la pièce. 

¨Je suis heureuse de vous voir de bonne humeur Père Noël. Je suis Carole Bélanger, votre médecin.¨

¨Je sais qui vous êtes jeune femme et je sais aussi que c’est le jeu de médecine que je vous ai apporté à votre sixième Noël qui a éveillé en vous la passion qui vous habite.¨

Impressionnée par une telle mémoire, Carole resta pendue à mes lèvres. J’ai ajouté :

¨Vous demeuriez, à l’époque, avec vos trois jeunes frères dans une charmante petite maison près de Vancouver. Peut-être que je devrais vous parler en anglais ? Ho! Ho! Ho! Ou encore en japonais, en russe, en espagnol ou en italien, puisqu’avec votre père diplomate, vous avez habité tous ces pays. Un bon casse-tête pour mes lutins qui devaient constamment ajuster l’adresse de livraison, d’autant que votre mère rédigeait, pour vous, votre lettre de demande dans la langue du pays.¨

Bien que très heureuse de revivre ces souvenirs, Carole repris le contrôle de la situation. 

¨En français ça fera l’affaire. Et puisque vous avez si bonne mémoire, je vous en pris ne dites pas à mes amis ce que j’ai demandé pour mon quatorzième Noël.¨

¨Jamais! Le Père Noël est une tombe en ce qui concerne les demandes. Ce sont les jeunes qui se disent entre eux ce qu’ils ont reçu. Mais je comprends que vous ayez gardé le secret pour ce cadeau là.¨

¨Et si l’on parlait un peu de vous pour faire changement. Que pensez-vous qu’il vous soit arrivé ce soir ?¨

¨Je me suis endormi, c’est tout. Vous savez, je vieillis et j’ai moins d’énergie qu’avant. Faire le tour du monde en 24 heures me pèse de plus en plus. Sans parler qu’il y a un baby-boom présentement et qu’il y a de moins en moins de cheminées.¨

¨Quel est le rapport ?¨

¨Avec la magie de Noël, il est facile pour moi de me glisser par les cheminées. Aujourd’hui, il me faut débarrer beaucoup plus de portes et même avec la magie qui me fait trouver la clé rapidement dans mon gros trousseau, c’est beaucoup plus long. Dans ces conditions, il est normal que je me sois endormi profondément.¨

¨Ne l’écoutez pas! Il est tout simplement trop gros !¨

¨Mère Noël! Tu n’avais pas à te déplacer jusqu’ici.¨

Mère Noël venait d’entrer dans la chambre sous l’œil amusé de tous les gens présents dans la grande salle, juste en face.

¨Tu nous as fait une de ces peurs. On te pensait entre les mains de ces terroristes qui t’envoient des lettres chaque année…¨

¨Depuis des décennies! Voyons, il ne faut pas les prendre au sérieux.¨

¨Pourquoi dites-vous qu’il est trop gros ? Je l’ai toujours vu ainsi.¨

¨Tu vois, Mère Noël, je ne suis pas gros.¨

¨Je n’ai pas dit ça Père Noël.¨

¨Ah! Ah! Elle n’a pas dit ça. Ce n’est pas elle qui va toute l’année combattre les effets des centaines de milliers de biscuits et de verres de lait que tu as ingurgités hier. Plus d’enfants égal plus de poids. Si, ma chère, vous connaissez une cure miracle, dites-le-moi. J’en ai besoin.¨

 ¨Tu aimes bien avoir à me dorloter toute l’année et grâce à toi, je me retrouve en forme prêt à rencontrer mes responsabilités de Noël  en Noël.¨

¨Il a bien raison là-dessus, mais parlez lui des Noëls du campeur.¨

¨Mère Noël !¨

¨Parlez-m’en, Mère Noël, des Noëls du campeur, en quoi cela a contribué à fatiguer le Père Noël ?¨

¨Ils sont de plus en plus nombreux et jamais à la même date. Des allers-retours presque journaliers en juillet et en août. Avec la boustifaille des camps d’été, il me revient tout chambardé.¨

¨Elle exagère, j’aime rencontrer les enfants une deuxième fois dans l’année. Pour la plupart, c’est la seule fois qu’ils me voient, car, à Noël, ils dorment.¨

¨Mais, Mère Noël a raison de dire qu‘une diète d’un an est moins dommageable que deux par année.¨

¨Et vlan dans les dents !¨

Arrive un lutin qui déclare : ¨Bonjour Père Noël. J’ai rangé le traineau sur le toit à l’abri des regards. Oh! Mais c’est Carole, celle qui pour son quatorzième Noël a commandé un …¨

¨Puceron! Il n’y a que nous qui savons.¨

Le Père Noël avait vite fait de remarquer le pourpre apparu sur le visage du médecin, c’est pourquoi il avait réagi si brusquement.¨

¨Désolé Père Noël, j’ai failli commettre un imper, même si toutes les personnes présentes sont au courant, je sais qu’on ne doit jamais en discuter.¨

Jetant un regard gêné vers Mère Noël, Carole juge le moment propice pour disparaître :

¨Je vous laisse vous parler d’amour et je vais voir les résultats de vos prises de sang. À tout à l’heure !¨

¨Approche Maman Noël. Je t’assure que tu n’as pas à te faire de souci. Je me suis tout simplement endormi. Je m’excuse de t’avoir inquiété.¨

¨Vieux fou, je t’aime tellement qu’il est normal que je m’inquiète. Le ciel n’est plus ce qu’il était. Il y a beaucoup plus d’avions. Chaque fois que tu pars, j’ai toujours un petit pincement. Promets-moi de ne plus le faire seul.¨

¨Promis ma chérie, viens me faire un gros câlin.¨

Puceron s’éclipse alors que Maman Noël et moi nous sommes enlacés.

¨Prenez votre temps, moi je vais jouer avec les enfants.¨

Comme deux amoureux, perdus dans nos étreintes, ont semblaient ne pas l’entendre. 

En passant près du poste de garde, Puceron s’adressa à Carole :

¨Je suis désolé de vous avoir embarrassée en parlant de votre…¨

¨Sauve-toi Puceron ou je t’écrase.¨

En riant, le Lutin taquin s’éloigna en sautillant. Les infirmières curieuses demandèrent en chœur :

¨Il t’a embarrassé ? Comment ?¨ 

¨Vous ne m’aurez pas bande de fouines. Je garde mon secret.¨

Preuve que la présence du Père Noël amène les adultes à retomber en enfance, les infirmières relevèrent spontanément le mot :

¨Carole a un secret! Carole a un secret !¨

Puis, tout aussi brusquement, elles ont fait mine de reprendre le travail à la vue d’une Carole jouant les mégères en brandissant vers elles un porte-document comme si elle les menaçait d’une arme.

À son arrivée, dans la salle de jeu, Puceron a déclenché un raz-de-marée de bonne humeur. Les enfants se sont précipités vers lui pour le coller ou lui montrer les jouets que, selon leurs dires, le Père Noël  leur avait laissés à Noël. Puceron jouait au voyant en leur faisant croire qu’il devinait jouet après jouet. De fait, il avait participé à l’emballage de tous ces cadeaux. 

Il avait de la difficulté à répondre à toutes les attentes. Aider à construire un château de MégaBlock, trouver des objets sur les fiches Cherche et Trouve, jouer au ballon, aux échecs et aux serpents/échelles. Il se plaisait beaucoup à faire rire ces enfants qu’il savait malades. C’est le ballon qui lui fit découvrir la petite Suzanne. Assise sur une chaise roulante dans un coin de la pièce, elle avait l’air hagard et ne semblait pas heureuse. Faisant mine de ne pas avoir relevé son état, Puceron lui lança le ballon qu’il venait de ramasser au pied de l’enfant.

¨Attrape !¨

Au lieu de tendre les bras vers le ballon, elle le laissa passer puis, elle porta ses mains à ses yeux et fondit en larme. La bénévole agrippa le Lutin et l’amena hors de la pièce.

¨Suzanne est sortie du coma ce matin. Elle est encore très faible. Toutefois, elle tenait à voir d’autres jeunes. Ses médecins étaient d’accord, c’est pourquoi on l’a conduite ici. Sa réaction, bien qu’exagérée, est normale, il ne faut pas lui en vouloir. Ses parents sont aux soins intensifs et on ignore s’ils vont s’en sortir. Tous les trois étaient en direction d’un réveillon chez ses tantes quand un camion a percuté leur véhicule. Un miracle qu’ils soient encore vivants. Ses tantes sont venues lui porter des cadeaux, tout à l’heure, mais il n’y avait pas celui du Père Noël. Outre ses parents, personne ne sait ce que c’est. Elle dit détester le Père Noël. C’est pourquoi elle ne vous aime pas non plus.¨

Contrairement à ce qu’on aurait pensé de quelqu’un qui venait d’apprendre une telle mauvaise nouvelle, la face de mon Lutin devint radieuse. C’est le sourire fendu jusqu’aux oreilles qu’il dit :

¨Suzanne Julien! C’est Suzanne Julien! Je l’ai trouvé!

Sans en dire plus, Puceron s’est précipité dans les corridors. Il semblait faire fi de toute prudence, courant, contournant les patients et les membres du personnel qui tentaient de le calmer. Il allait même jusqu’à sauter par-dessus les carrosses et sorti de l’hôpital. La stupeur n’était pas effacée dans le visage de tous ceux qui l’avaient vu passer que déjà il était de retour avec un cadeau dans les bras.

Tout aussi énervé, il pénétra en trombe dans ma chambre.

¨Père Noël! Père Noël! Je l’ai trouvé !¨

Comme il brandissait un cadeau, je lui ai demandé :

¨Mais qu’as-tu là ?¨

¨C’est le cadeau de Suzanne Julien !¨

¨Mais mon pauvre Puceron, il n’était pas perdu. Il était au fond de mon Chariot. C’est l’adresse où se trouvait la petite que tu n’as pas trouvée.¨

¨Je sais où était le cadeau, Père Noël. Ce n’est pas lui que j’ai trouvé. C’est Suzanne! Elle était dans le coma. C’est pourquoi elle n’était pas dans la liste des enfants décédés. Elle n’était pas non plus chez elle et ne s’est jamais rendue chez sa tante. Comme s’est parents sont gravement blessés, elle n’a pas été identifiée et l’hôpital n’a pas été en mesure d’inscrire son nom sur la liste des patients. Elle n’existait nulle part d’autre que sur notre liste à nous. Ce n’est que ce matin, qu’elle est finalement apparue quand sa tante a contacté la police et qu’elle leur a donné le nom de Suzanne. C’est le destin qui vous a fait atterrir ici. Elle vous attend Père Noël. Il faut la rencontrer.¨

C’est Mère Noël, touchée par la révélation et tout aussi fébrile que son mari, qui avait bondi:

¨Certainement pas dans cette tenue et pas avant que ton médecin ne te l’autorise.¨

Quand j’ai réalisé que j’étais en jaquette d’hôpital, j’ai été embarrassé.

¨Tu as raison ma chérie. Prépare mon costume et toi, Puceron, va quérir le médecin.¨

À son tour Puceron fut embarrassé. Loin de lui l’idée de refuser un ordre du Père Noël, mais il se voyait mal aborder celle qu’il avait taquinée et surtout fait d’elle la cible des sarcasmes de ses pairs.

J’avais compris son embarras et je lui dis :

¨Puceron, tu l’as bien cherché. Tu dois maintenant réparer les pots cassés. Carole est une chic fille, et au fond tu n’as rien dit.¨

Évidemment je ne connaissais qu’un aspect du problème. Oh que puceron regrettait d’avoir rencontré Carole. Il aurait, selon lui, mieux fait de se taire. Dans une dernière tentative pour éviter la confrontation, il voulut m’expliquer dans quel pétrin il s’était mis.

¨C’est que…¨ ¨Fais vite, il n’y a pas de raison qui tienne. Pense à Suzanne !¨

Comme toujours j’avais su trouver les mots qu’il fallait. La tête basse, mon Lutin se résigna.

¨Ok! Pour Suzanne…¨

À pas feutrés, il se dirigea jusqu’à Carole qui lui faisait dos. Pour attirer son attention, il dit :

¨Pardon Madame.¨

La voix toute proche la fit sursauter, mais, identifiant la voix de Puceron, elle reprit rapidement ses sens et le contrôle de la situation. 

¨Vous avez bien raison de demander pardon.¨

Intimidé par la voix dure et le fait que Carole n’avait même pas pris la peine de se retourner, Puceron figea avant de parler.

¨Je n’ai pas demandé pardon, j’ai dit pardon.¨

Carole se retourna d’un coup et le fusilla du regard. Il enchaîna :

¨Mais vous avez raison, je devrais demander pardon. En fait je demande pardon. Voilà c’est fait !¨

Le sourire apparu sur le visage du médecin lui fit comprendre qu’il était pardonné. Elle lui avait remis la monnaie de sa pièce et ses collègues avaient admiré la mise en boîte du Lutin et comment elle avait soutiré la demande de pardon. Un autre médecin ne put toutefois s’empêcher de dire à Puceron :

¨Puisqu’elle s’y refuse, on compte sur toi pour nous révéler son secret.¨

¨Toi, Pascal, si tu ne veux pas que je dévoile le tient, lâche la patate.¨

Encore une fois, Puceron avait répondu du tac au tac, sans réfléchir aux possibles conséquences. Heureusement pour lui, cette fois personne n’a souligné la remarque. De fait, tous ont éclaté de rire, y compris les patients et le docteur visé.

¨Et si vous me disiez ce qui vous amène.¨

¨C’est pour Suzanne! Le Père Noël veut vous voir, venez.¨

Arrivée dans la chambre, Carole constate que personne n’est allongé.

¨ Père Noël! Que faites-vous dans votre habit ? Vous devez rester au lit.¨

D’un air réprobateur, je me suis adressé à Puceron :

¨Ne lui as-tu pas dit ce qui ce passe ?¨

¨Je lui ai dit que c’était pour Suzanne, mais j’ai pensé que vous sauriez mieux lui expliquer.¨

¨Carole, je sais maintenant pourquoi je suis à l’hôpital.¨

¨Parce que vous êtes malade.¨

¨Non! Non! Regardez, je suis en pleine forme. C’est à cause de Suzanne.¨

 ¨Mais qui donc est Suzanne.¨

¨Un enfant sage que je n’ai pas pu satisfaire à Noël et qu’il me fallait rencontrer ici-même sinon elle va cesser de croire en Noël et encore moins en moi.¨

¨Mère Noël, aidez moi à lui faire comprendre qu’il a tord. Qu’il doit se reposer…¨

¨Ma fille, quand il s’agit de livrer un cadeau de Noël, rien au monde ne pourrait l’empêcher. Même la mauvaise température n’a pas raison de lui.¨

¨Docteur, je vous promets de revenir dans cette chambre sitôt ma tâche accomplie. Si mes examens montrent qu’il le faut, je serai prêt à vous laissé disposer de ma personne.¨

Je lui ai tendu ma main gantée de blanc :

¨Top la !¨

¨Je n’ai pas vraiment le choix.¨

Satisfait de ma victoire :

¨Allez Puceron, guide-nous !¨

Se tournant vers ma conjointe :

Maman Noël, pour une fois, tu m’accompagnes. Mais avant, il me faut aviser la Fée des Glaces et la Fée des Dents pour qu’elles préparent notre jeune amie. Je ne voudrais pas que notre arrivée puisse la faire rechuter.¨

Je me suis immobilisé et j’ai porté la main à mon front. Après un court instant, j’ai dit :

¨Tout est en ordre, on peut y aller.¨

Presqu’au même moment, deux Fées apparurent au centre de la salle de jeu. Écartant gentiment les enfants qui, la surprise passée, les assiégeaient, elles se dirigèrent directement vers Suzanne. La Fée des Dents lui adressa la parole :

¨Bonjour Suzanne. Tu me reconnais ? Je suis apparu plusieurs fois dans tes rêves quand tu m’avais laissé des dents sous ton oreiller.¨

Le visage de marbre de la petite s’est attendri. Puis, le souvenir a fait naître un large sourire.

¨La Fée des Dents !¨

¨Hé oui, c’est bien moi. Figue toi que je suis venue spécialement, du royaume des Fées, pour te présenter celle qui m’accompagne, la Fée des Glaces. Tu sais, celle qui accompagne souvent mon ami le Père Noël ?¨

D’un coup, le sourire a disparu et la tête de Suzanne s’est détournée.

¨Je ne veux pas la voir! S’il existe, le Père Noël est méchant !¨

¨Pourquoi dis-tu ça ? Elle a une bonne nouvelle à t’apprendre.¨

La Fée des Glaces, qui s’était peu à peu approchée, surenchéri :

¨J’ai même plusieurs bonnes nouvelles pour toi. Dont une qui concerne tes parents.¨

Un ressort a fait tourner tout le corps de Suzanne.

¨Quelles nouvelles ?¨

Tendrement la Fée des Glaces prit dans sa main celle de Suzanne qui ne la retira pas.

¨Premièrement, ta maman et ton papa vont très bientôt quitter la salle des grands blessés et tu pourras les voir dès ce soir. Est-ce que c’est une bonne nouvelle, ça ?¨

¨Oh oui Madame !¨

Profitant de l’état d’euphorie de la jeune fille la Fée des Dents dit :

¨Et tu as une autre bonne nouvelle, n’est-ce pas ma Fée ?¨

¨Bien sûr que j’en ai une autre.¨

Cette fois l’attention de Suzanne était à son comble. Les yeux écarquillés et la bouche entrouverte prête à crier la joie qu’elle présentait, la demoiselle n’attendait que la suite.

¨À cause de ton accident, le Père Noël n’a pas pu t’apporter le cadeau que tu lui avais demandé pour Noël. C’est pourquoi il est venu ici pour te l’apporter.¨

¨Même après Noël ?¨

Tapotant affectueusement la main de la jeune fille qui bouillait d’impatience.

¨Pour toi seulement, oui, même après noël. Que penses-tu de cette dernière nouvelle ?¨

¨Formidable !¨

Elle voulut se lever pour aller au-devant du visiteur, mais les forces lui manquèrent et elle retomba assise sur la chaise. La Fée des Dents lui dit :

¨Sois patiente, il va venir. Reste assise et dis-moi : quel est ce cadeau si spécial que tu attends ?¨

Alors que, à l’invitation de Suzanne, les Fées se rapprochaient pour recueillir le précieux secret, Moi et mon cortège progressions dans les corridors. La nouvelle de cette livraison spéciale m’a devancé et tous voulaient se joindre à moi pour voir la réaction de la chanceuse. Le personnel de l’hôpital, les visiteurs  et les patients aptes à se déplacer se faufilaient derrière moi, sans vraiment savoir où je me dirigeais.

Arrivé devant les fenêtres donnant sur la salle de jeux, les enfants m’aperçurent. C’était l’apothéose, une joie indescriptible. En entrant dans la salle, les enfants se sont précipités sur moi. Dame Noël et Puceron avaient peine à me frayer un passage vers la partie de la pièce où m’attendait Suzanne et les deux Fées. À l’extérieur, tout un chacun faisait la sardine, visage collé aux fenêtres afin de ne rien manquer de la rencontre historique.

Bien que très faible, Suzanne se lança vers moi dès que je fus à trois pas d’elle. J’ai eut tout juste le temps de remettre le cadeau, que je transportais, à Mère Noël avant d’attraper Suzanne qui allait s’écrouler. Comme s’il s’agissait de mon trône, je me suis assis dans la chaise roulante avec la demoiselle sur mes genoux. J’avais avait bien fait de la faire préparer à ma venue, car je sentais le cœur de l’enfant battre si fort qu’on aurait dit qu’il allait éclater. Je l’ai regardé dans les yeux.

¨Tu sais que tu m’as fait chercher partout ? J’avais ce cadeau fait spécialement pour toi et je ne parvenais pas à te repérer, mais la vie est ainsi faite que les enfants sages finissent toujours par être récompensés. Si tu savais comment je suis heureux d’être avec toi aujourd’hui.¨

¨Moi aussi Père Noël je suis heureuse. Jamais je n’aurais espéré un aussi beau Noël.¨

En chœur, Maman Noël, Puceron et les Fées :

¨Et tu n’as pas encore déballé ton cadeau !¨

J’ai lancé un Ho! Ho! Ho! Et j’ai ressenti l’étreinte de Suzanne se resserrer sur moi.

¨Je l’ai mon cadeau.¨

¨C’est bien gentil, mais je crois que tu devais apprécier celui-ci aussi.¨ Je lui ai remit le cadeau que Mère Noël venait de me passer. Suzanne le prit et s’activa à le déballer. Un enfant lui demanda :

¨Tu sais ce que c’est ?¨

¨J’en suis certaine.¨

En un rien de temps le paquet était à nu.

¨Mon ensemble de médecine! Je vais pouvoir soigner mes parents. Merci Père Noël !¨

Près de la porte, Carole, qui n’avait rien manqué de la scène, essuya une larme en murmurant :

¨Elle aussi.¨

Montrant également ma joie, je ne cessais de rire. Ho! Ho! Ho! Ho! Ho! Ho! Je me suis adressé à Suzanne.

¨Et si nous y allions ensemble soigner tes parents ?¨

¨Génial !¨

Puceron pris place derrière le fauteuil :

¨Je vous pousse. Faites place aux malades! Hum, aux Père Noël et à la belle Suzanne !¨

¨Tu sais où nous allons ?¨

¨J’en ai aucune idée, mais croyez-moi nous trouverons.¨

Carole, qui aidait Mère Noël et les Fées à ouvrir le chemin, leur dit :

¨Suivez-moi, je vous conduis.¨

À nouveau la masse de voyeurs se mit en branle. On aurait dit une parade, sans tambour ni trompette où le Père Noël ouvrait la marche plutôt que de la fermer. Comme j’avais à monter deux étages, arrivé à l’ascenseur, j’ai recommandé aux gens qui me suivaient :

¨Si vous prenez l’escalier, je vous conseil d’être prudent et de ne pas vous bousculer. Je vous attendrai à la sortie deux étages plus haut.¨

Ce que je fis et, une fois tout le monde réuni, j’ai continué vers la chambre. Imaginez-vous la joie que procure aux enfants un immense gâteau au chocolat dans lequel ils peuvent puiser à pleine main, sans retenue, et vous seriez encore loin de l’effet causé par l’arrivée de la petite dans la chambre de ses parents. La présence du Père Noël, assis sur une chaise roulante, tenant dans ses bras le cadeau de leur fille, avait quelque chose de surnaturel. 

Les ¨Suzanne !¨¨Suzanne !¨ 

¨Maman! Papa !¨ fusaient de part et d’autre. À tour de rôle, les membres du cortège se relayaient dans le cadre de la porte, pour admirer l’émouvante scène de retrouvailles familiales.

Après un certain temps j’ai dit : 

¨Il me faut quitter maintenant.¨

Puis Carole ajouta :

¨Toi aussi, Suzanne, il te faut quitter pour que tes parents se reposent. Tu pourras revenir demain, ils seront en meilleure forme.¨

La tristesse plein les yeux Suzanne s’écria:

 ¨Encore un instant, encore un instant s’il vous plait.¨

¨Elle peut rester encore un peu, je vous assure que ses parents ne s’en porteront que mieux.¨

¨Si c’est vous qui le dites, Père Noël, je veux bien le croire.¨

Carole avait dit ces mots mécaniquement et semblait surprise de les avoir prononcés. J’ai porté Suzanne pour qu’elle puisse faire un petit câlin à sa mère, puis à son père, et, après l’avoir également enlacé, je lui ai donné, sur sa joue, un petit baisé et l’ai déposé sur sa chaise entre les deux lits. Après avoir réuni les mains des trois personnes, j’ai commencé à retraiter vers la porte.

¨À l’an prochain ma petite Suzanne.¨

Sans lâcher les mains de ses parents, Suzanne tourna la tête et dit :

¨Je t’aime Père Noël, je t’attendrai.¨

La majorité des participants du rassemblement se mirent à applaudir et c’est dans ces conditions que moi et mes proches on a quitté la chambre. Serrant une à une toutes les mains tendues des grands enfants qui m’avaient accompagné, je progressais lentement dans le corridor. Carole, qui parlait au téléphone, m’emboitait le pas. Elle replia son combiné et s’adressa à son patient :

¨Père Noël, vous aviez raison. Tous les examens démontrent que vous êtes en parfaite santé. L’analytique que je suis doit admettre, contre toute logique, que votre présence ici doit être reliée à Suzanne.¨

En pénétrant dans l’ascenseur, Mère Noël rassura Carole :

¨Ne vous en faites pas ma chère, il me fait le coup régulièrement. Pour lui, les jeunes passent en premier. Il fait tout pour les satisfaire, y compris être emporté par la magie.¨

Enlaçant ma bienaimée :

¨Mère Noël, tu seras toujours la première en mon cœur. Allons Puceron, puisque le docteur est d’accord, conduit nous au chariot et rentrons chez nous, je sens que d’autres aventures nous attendent.¨

Appuyant sur le bouton de l’étage supérieur, puceron conclu en disant :

¨À vos ordres Père Noël !¨

À propos de l’auteur

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